« 16 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 155-156], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11707, page consultée le 24 janvier 2026.
16 juin [1844], dimanche matin, 10 h.
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon Toto chéri, bonjour mon petit homme
ravissant. Comment vas-tu ce matin ? Il fait un temps à souhait pour sortir et pour
marcher. Si tu n’es pas trop en train de travailler viens me voir. Si tu ne le peux
pas, je tâcherai de me raisonner et de me trouver bien heureuse. C’est aujourd’hui
que
Lanvin doit te porter Fouyou à moins qu’il n’ait un chat tout prêt à te
donner, auquel cas je garderai mon Fouyou, que je te donnerai à regret, je l’avoue.
Jour Toto, jour mon cher petit o, je vous aime plus que tout au monde, je vous aime, je vous aime, je vous aime.
Je t’aime, mon Victor adoré. J’ai bien par ci par là des moments tristes et
douloureux, mais, je ne changerais pas mon amour contre aucune des joies de ce monde
ni de l’autre. Si cela vous contrarie, j’en suis fâchée. Jour Toto, jour mon cher
petit o, venez me voir tout de suite, je vous en
suppliea. J’ai votre petit cordon
de cheveux arrangé toujours pour rien. C’est assez commode car s’il fallait payer
toutes vos maladresses, et celle-là en particulier, le trésor de Louis-Philippe ou de Rothschildb n’y suffirait pas. Je m’empresserai de rentrer dans ma
chaîne qui n’est pas en sûreté dans vos mains, je le dis très sérieusement, scélérat
de filou. Baisez-moi bien vite et aimez-moi si vous ne voulez pas faire connaissance
avec mon grand couteau.
Pense à moi, mon Toto, n’oublie pas que tu es ma vie et
ma joie tout entière.
Juliette
a « suplie ».
b « Rodschill ».
« 16 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 157-158], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11707, page consultée le 24 janvier 2026.
16 juin [1844], dimanche soir, 11 h.
Je t’écris en t’attendant, mon cher petit Toto, quoique tu m’aies presque assuré que tu ne viendrais pas ce soir. Mais le désir et le besoin que j’ai de te voir me tiennent lieu d’espérance ; c’est ce qui fait que je t’attends toujours. Tu es bon pour moi, mon cher adoré, au-delà de toute expression. Ce soir encore, tu as été au-devant d’un petit désir que j’avais formé. Je t’en remercie, mon bien-aimé, et je désire que le bon Dieu te donne à toi toutes les bénédictions et tout le bonheur que ce pauvre vieux prêtre ne manquera de lui demander pour moi. Depuis que je t’aime, je suis superstitieuse. J’ai le cœur rempli de désirs et de craintes. Je m’adresse à tous les saints du Paradis pour obtenir que tu m’aimes et je supplie Dieu à tous les instants de ma vie de te protéger et d’éloigner de toi tous les maux qui affligent la vie. Je ne suis pas un esprit fort, ni même un esprit du tout, je suis une femme qui t’aime plus que sa vie. Pense à moi, mon Victor bien aimé, et viens cette nuit à quelque heure que ce soit. Maintenant que Suzanne est sur pieds, est-ce que tu ne viendras pas déjeuner avec moi ? Il y a si longtemps que cela ne t’est arrivé que je crains que tu n’en aies oublié le chemin. Si tu peux me prouver le contraire, je ne demande pas mieux. En attendant, je reste là à voir tourner mon ombre sur mes pieds. Ça n’est pas très gai, je t’assure, mon cher petit Toto.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
